L’empoisonneur

Fiction & Literature, Literary Theory & Criticism, Canadian
Cover of the book L’empoisonneur by Jean Nel, CP
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Author: Jean Nel ISBN: 1230001134308
Publisher: CP Publication: May 17, 2016
Imprint: Language: French
Author: Jean Nel
ISBN: 1230001134308
Publisher: CP
Publication: May 17, 2016
Imprint:
Language: French

Par un de ces matins maussades, comme on en voit souvent encore au mois d’avril, sous une pluie fine et serrée, le convoi faisait son entrée au Cimetière de la Côte des Neiges.

Pauvres funérailles ! Funérailles de pauvre !

Le corbillard s’arrêta devant la chapelle, où des hommes transportèrent le cercueil, avec les gestes indifférents, inattentifs, de gens qui font machinalement leur besogne journalière.

Des deux voitures modestes, les parents et amis de la morte descendaient, frissonnant au contact de cette pluie tenace et persistante, rendus plus frileux sans doute par les nuits de veille.

De la première voiture, surgit une maigre dame, d’aspect froid et sévère, type parfait de ce qu’en langage familier, on appelle « une vieille fille. » Juliette Lespérance, à 40 ans, ignorait encore les joies matrimoniales, n’ayant jamais eu, à défaut de la beauté, ce charme personnel qui peut éveiller la sympathie, sinon l’amour.

Elle avait cependant une bonne âme, pieuse et charitable, mais les manières rigides et concentrées qu’elle affectait ordinairement et le soin qu’elle apportait à cacher ses moindres émotions, lui donnaient un air égoïste et distant, qui décourageait les meilleures volontés. D’ailleurs, se voyant dédaignée, comme oubliée, par les hommes, elle les méprisait un peu.

Elle était la sœur de Joseph Lespérance, le mari de la défunte.

Celui-ci sortit à son tour. Il offrait avec sa sœur un contraste frappant : c’était un homme d’environ trente-cinq ans, au profil énergique, souligné par une forte moustache brune et des sourcils en broussailles. C’eût été un très bel homme sans l’expression vulgaire, brutale même, qui gâtait sa physionomie, et que venait aggraver une indolence du regard, un abaissement des coins de la bouche, flétrissures dans lesquelles un observateur exercé peut reconnaître les stigmates du vice, les traces imprimées par l’ivrognerie ou les excès de toutes sortes.

Pour le moment, il présentait l’aspect d’un ouvrier gêné dans son costume du dimanche, ennuyé d’une corvée trop longue et se disant intérieurement :

« Que j’ai donc hâte que ce soit fini ! »

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Par un de ces matins maussades, comme on en voit souvent encore au mois d’avril, sous une pluie fine et serrée, le convoi faisait son entrée au Cimetière de la Côte des Neiges.

Pauvres funérailles ! Funérailles de pauvre !

Le corbillard s’arrêta devant la chapelle, où des hommes transportèrent le cercueil, avec les gestes indifférents, inattentifs, de gens qui font machinalement leur besogne journalière.

Des deux voitures modestes, les parents et amis de la morte descendaient, frissonnant au contact de cette pluie tenace et persistante, rendus plus frileux sans doute par les nuits de veille.

De la première voiture, surgit une maigre dame, d’aspect froid et sévère, type parfait de ce qu’en langage familier, on appelle « une vieille fille. » Juliette Lespérance, à 40 ans, ignorait encore les joies matrimoniales, n’ayant jamais eu, à défaut de la beauté, ce charme personnel qui peut éveiller la sympathie, sinon l’amour.

Elle avait cependant une bonne âme, pieuse et charitable, mais les manières rigides et concentrées qu’elle affectait ordinairement et le soin qu’elle apportait à cacher ses moindres émotions, lui donnaient un air égoïste et distant, qui décourageait les meilleures volontés. D’ailleurs, se voyant dédaignée, comme oubliée, par les hommes, elle les méprisait un peu.

Elle était la sœur de Joseph Lespérance, le mari de la défunte.

Celui-ci sortit à son tour. Il offrait avec sa sœur un contraste frappant : c’était un homme d’environ trente-cinq ans, au profil énergique, souligné par une forte moustache brune et des sourcils en broussailles. C’eût été un très bel homme sans l’expression vulgaire, brutale même, qui gâtait sa physionomie, et que venait aggraver une indolence du regard, un abaissement des coins de la bouche, flétrissures dans lesquelles un observateur exercé peut reconnaître les stigmates du vice, les traces imprimées par l’ivrognerie ou les excès de toutes sortes.

Pour le moment, il présentait l’aspect d’un ouvrier gêné dans son costume du dimanche, ennuyé d’une corvée trop longue et se disant intérieurement :

« Que j’ai donc hâte que ce soit fini ! »

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